Étanchéité d'une montre : pourquoi 3 ATM ne veut pas dire « étanche »

C'est la première cause de montre morte : un utilisateur lit « 30 m » sur le cadran, va nager, et retrouve de la buée sous le verre. La mention n'était pas fausse. Elle ne voulait simplement pas dire ce qu'il croyait.

Ce que mesure réellement la norme

L'étanchéité des montres est encadrée par la norme ISO 22810. Le test se fait en laboratoire, en pression statique : la montre est immobile, dans une eau à température ambiante, soumise à une pression équivalente à la profondeur annoncée pendant un temps défini.

Or dans l'eau, un mouvement de bras crée une pression dynamique très supérieure à la pression statique de la profondeur où l'on se trouve. Un simple plongeon depuis le bord d'une piscine peut soumettre le boîtier à l'équivalent de plusieurs atmosphères, à 20 cm de profondeur. C'est pour cette raison que « 30 m » ne veut pas dire « utilisable à 30 m ».

La table de correspondance réelle

Mention Usage réellement possible
Water resistant (sans indication) Rien. Éclaboussure accidentelle au mieux. À retirer avant de se laver les mains.
3 ATM / 30 m Pluie, éclaboussures, lavage de mains. Pas de douche, pas de natation.
5 ATM / 50 m Douche courte, natation en surface occasionnelle. Pas de plongeon, pas de sport nautique.
10 ATM / 100 m Natation régulière, snorkeling. Pas de plongée bouteille.
20 ATM / 200 m et + Plongée. Pour la plongée sérieuse, exiger la norme ISO 6425 et la mention « DIVER'S ».

Notez que la mention DIVER'S est réglementée : elle impose des tests supplémentaires (résistance à l'eau salée, aux chocs thermiques, lisibilité dans l'obscurité, fiabilité de la lunette tournante). Une montre à 200 m sans cette mention n'a pas subi ces tests.

Les quatre erreurs qui tuent une montre étanche

  1. Manipuler la couronne ou les poussoirs sous l'eau. C'est l'erreur n° 1. Tant que la couronne est enfoncée (ou vissée), le joint travaille. Dès qu'elle est tirée, le boîtier est ouvert. Aucune étanchéité ne résiste à ça.
  2. L'eau chaude et la vapeur. Douche brûlante, sauna, hammam : la chaleur dilate le métal et le joint à des vitesses différentes, et la vapeur passe là où l'eau liquide ne passait pas. Une 10 ATM peut prendre l'eau dans un sauna.
  3. Le savon, le shampoing et la crème solaire. Les tensioactifs réduisent la tension de surface de l'eau et attaquent les joints en caoutchouc. Le chlore et l'eau de mer les durcissent.
  4. Croire que l'étanchéité est permanente. Elle ne l'est pas. Un joint est une pièce d'usure : il sèche, se comprime et perd son élasticité en 2 à 4 ans. Une montre « 10 ATM » de huit ans jamais révisée n'est plus une 10 ATM.

Le cas des montres numériques et connectées

Beaucoup de montres LED et de montres connectées utilisent la notation IP (IP67, IP68) plutôt que la notation ATM. Ce sont deux échelles différentes, issues de l'électronique et non de l'horlogerie.

  • IP67 : immersion à 1 m pendant 30 minutes, en eau douce immobile. Suffisant pour la pluie et la douche, pas pour nager.
  • IP68 : immersion au-delà de 1 m selon les conditions déclarées par le fabricant — et c'est là le piège : IP68 n'a pas de valeur fixe, chaque constructeur définit sa profondeur et sa durée. Un IP68 peut valoir moins qu'un autre IP68.

De plus, un haut-parleur ou un microphone est une ouverture. Sur une montre connectée qui prend les appels, l'eau qui entre dans la chambre acoustique dégrade le son même quand l'électronique survit.

La règle simple à retenir

Divisez la profondeur annoncée par dix pour obtenir une profondeur réellement confortable, et retirez la montre en cas de doute. Une montre à 15 € que l'on retire pour nager dure des années ; une montre à 300 € que l'on garde sous la douche dure un été.

Références

  • ISO 22810 — Horlogerie, montres étanches.
  • ISO 6425 — Montres de plongée.
  • IEC 60529 — Degrés de protection procurés par les enveloppes (code IP).